À l’occasion de son 50e anniversaire, l’ACAT-France (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture) a mobilisé 5 personnalités engagées pour interpréter des témoignages d’exilés : François MOREL, Manon MAZEM, Rod PARADOT, Caroline VIGNEAUX et Mentissa AZIZA. Par leur voix, résonnera des parcours poignants mettant en avant la lutte, les murs à franchir et les blessures à panser des demandeurs d’asiles. Le film sera diffusé en avant-première lors de l’événement anniversaire des 50 ans de l’ACAT-France le 7 décembre à la Salle Gaveau (Paris 8e).
5 PERSONNALITÉS, 5 COMBATS
Par la voix de François MOREL, James, 35 ans, soudanais exilé en France.
« J’ai dû attendre dix-huit mois pour pouvoir déposer ma demande d’asile en France. Un centre d’accueil m’a permis de rester dans une chambre et m’a donné des tickets restaurant pour me nourrir. Je souffrais de tuberculose, j’avais besoin de bien m’alimenter, parce que les médicaments contre la tuberculose étaient forts. Le traitement a duré́ un an et demi. Mon premier entretien avec les officiers de l’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) s’est bien passé. Comme je maîtrisais bien le Français, ils ont été agréablement surpris. Ils m’ont dit que tout était clair. Je n’ai à aucun moment imaginé que je pourrais recevoir une réponse négative, car j’avais répondu à toutes les questions posées. Le recours devant la Cour nationale du droit d’asile s’est lui aussi bien passé. Je pense que cela a eu un effet positif et décisif pour obtenir une protection internationale pour dix ans. Mais pour les personnes qui viennent d’arriver en France, qui n’y connaissent rien, ne parlent pas la langue, les démarches administratives sont incompréhensibles. »
Par la voix de Caroline VIGNEAUX, Massoma, née en Afghanistan et exilée avec sa famille en Iran puis en Turquie, est aujourd’hui refugiée en Grèce.
« Pour vivre dans un pays en paix, j’ai organisé, en 2019 mon passage clandestin de l’Iran à la Turquie, à l’aide de passeurs. Ensuite, atteindre la Grèce en bateau gonflable n’a pas été facile. À notre arrivée sur l’île de Lesbos, nous étions fatigués, nous avions faim, nos vêtements étaient mouillés. Des policiers nous ont embarqués, enregistrés et nous ont placés dans le camp de Moria. La situation dans le camp était inimaginable : le manque d’eau, d’électricité, de nourriture… La nuit, nous n’allions pas aux toilettes par peur des vols et du harcèlement sexuel. Si l’Afghanistan était un pays sécurisé, je retournerais y vivre sans hésiter. »
Par la voix de Rod PARADOT, Paul, 28 ans, a quitté le Nigéria en 2019, où il étudiait l’ingénierie mécanique.
« Je suis de l’ethnie Babalú-Ayé au Nigeria. Ma vie est en danger à cause du groupe terroriste Boko Haram et de ses attaques contre les églises. Il nous a attaqués et bombardés, mon peuple et moi, à l’Église Saint-Vincent. J’ai fui mon pays où je n’étais plus en sécurité Cela fait quatre ans que je vis en France après avoir transité par l’Italie. À mon arrivée, je n’avais aucun endroit où dormir. Je me suis retrouvé à la rue, avec des problèmes de santé. Encore aujourd’hui, quand je marche ou lorsque je prends le métro, j’ai mal, j’ai l’impression que je vais m’évanouir. Je m’installe la nuit sur le quai d’Austerlitz. Sous la tente, on n’est pas en sécurité : une fois, quelqu’un m’a tout volé pendant que je dormais. »
Par la voix de Mentissa AZIZA, Anastasia, 39 ans, Ukrainienne, a quittée Kiev, où elle est née, en mars 2022.
« Quitter l’Ukraine, mon pays natal, n’a pas été facile. Je suis encore sous le choc. Depuis, je suis suivie par un psychologue. À Kiev, il y avait un train d’évacuation vers la frontière avec la Pologne dans lequel ma sœur et moi sommes montées. Pas de billets, pas de places réservées, des conditions de transport extrêmement dures, en particulier pour les familles avec enfants. Rien à manger ni à boire, des toilettes impraticables. Nous sommes arrivées en Pologne puis avons rejoint Paris. À notre arrivée, nous avons logé chez un cousin puis dans différentes familles d’accueil. On a fini par apprendre qu’on pouvait demander à Porte de La Chapelle une protection temporaire de 6 mois à renouveler. Il a fallu faire la queue pendant 3 jours entiers, le dernier sous la pluie, pour enfin obtenir cette protection. »
Par la voix de Manon MAZEM, Indira, avocate et défenseure des droits humains, a quitté le Venezuela en 2018 avec ses trois enfants
« Au Venezuela, les droits de l’Homme ne sont pas respectés. Lorsque j’ai perdu mon poste d’avocate et mon statut de défenseure des droits humains, il m’était impossible de demeurer plus longtemps dans mon pays. En 2018, quand je suis arrivée en Italie, j’ai entamé la procédure de demande d’asile qui a duré seize mois. Pendant tout ce temps, j’ai vécu dans le stress et la peur, pour mes enfants et pour moi, que notre demande soit rejetée. D’autant que le système administratif de demande d’asile est très bureaucratique, il ralentit le traitement des dossiers jusqu’à deux ou trois ans. Par chance, pour nous, le délai a été plus court, bien que de seize mois. Depuis quatre ans, je suis membre de l’organisation Unire (Unione Nazionale Italiana per i Rifugiati ed Esuli-Unire), dans le sud de l’Italie, j’accompagne des demandeurs d’asile, en particulier les personnes venues de pays d’Amérique latine. »
