


À l’approche des prochains rendez-vous électoraux, dans un contexte de montée des discours populistes et identitaires, la question de ce que nous partageons collectivement se pose avec force.
Après Noël et le Nouvel An, l’hiver s’installe et février peut sembler être un mois de transition, plus discret, presque en suspens avant le retour des beaux jours. Le début du Ramadan vient toutefois rompre ce rythme et introduire une autre temporalité dans cette période.
En réalité, notre calendrier n’est jamais vide. Dans un contexte de mondialisation culturelle, traditions et fêtes venues d’ailleurs s’inscrivent dans notre quotidien. Elles témoignent d’un calendrier multiculturel, reflet d’une société française façonnée par la diversité des origines, des héritages et des récits partagés.


Des traditions devenues références
Observer les traditions étrangères permet de mesurer à quel point elles façonnent aujourd’hui notre quotidien et nos manières de communiquer.

Le Nouvel An lunaire (17 février), célébré depuis des millénaires en Chine et en Asie de l’Est et du Sud-Est, est aujourd’hui bien visible en France.
À Paris, surtout dans le 13ᵉ arrondissement, le défilé attire des milliers de spectateurs et mobilise associations, commerçants et institutions.
Les marques et lieux culturels s’approprient aussi ses symboles, tandis que les diasporas et l’intérêt culturel croissant contribuent à son ancrage dans le paysage urbain et économique français.

La Saint Patrick (17 mars) suit une trajectoire similaire.
À l’origine fête religieuse irlandaise célébrant le saint patron du pays, elle s’est diffusée au XIXe siècle à travers les diasporas irlandaises avant de devenir une célébration mondiale.
En France, elle rythme désormais le mois de mars et influence la communication de nombreux établissements et marques.

| Mardi Gras (17 février), souvent perçu comme français, résulte lui aussi de circulations culturelles multiples. S’il s’inscrit dans la tradition chrétienne européenne précédant le Carême, ses expressions contemporaines ont été profondément marquées par les carnavals caribéens et latino-américains. En France, les carnavals antillais ont contribué à enrichir son esthétique et son énergie. |
| La culture traverse les frontières plus vite que les décisions politiques. Elle construit des références communes qui dépassent les cadres nationaux. |
CHIFFRE CLÉ DE L’IMPACT
Plus de 4 milliards de vues ont été générées dans le monde sur les réseaux sociaux dans les 24 heures suivant le halftime show du Super Bowl cette année. (REUTERS)

Le Super Bowl constitue aussi un exemple révélateur de la circulation contemporaine des imaginaires. En France, si le match en lui-même reste secondaire pour beaucoup, le halftime show est largement commenté et partagé.
Cette année, la performance de Bad Bunny, artiste portoricain et figure majeure de la scène latino-américaine, a retenu l’attention.
Les années précédentes, des artistes afro-américains ont marqué ces spectacles de leur empreinte esthétique et politique.
Un halftime show entièrement en espagnol, mettant en lumière l’Amérique latine, résonne différemment dans un contexte où les ressortissants de ces pays font face à des politiques migratoires durcies et à un climat politique de plus en plus restrictif aux États-Unis.
LA RUBRIQUE CONSEILS
Élargir ses repères pour mieux communiquer
| S’inspirer d’une tradition suppose de comprendre qui la fait vivre aujourd’hui. En France, des structures comme l’Association des Jeunes Chinois de France contribuent activement à la visibilité du Nouvel An lunaire dans l’espace public. Collaborer avec ces acteurs, ou avec des artistes et créateurs issus de diasporas, permet d’ancrer une campagne dans une réalité culturelle existante plutôt que d’en reproduire les codes de manière superficielle. |
| Observer les signaux internationaux |
| La mondialisation culturelle ne concerne pas uniquement les fêtes ou la musique. Elle influence aussi la manière dont les villes et les institutions envisagent la communication et le rôle de l’espace public. |
Dès 2022, Haarlem est devenue la première ville à interdire les publicités pour les énergies fossiles dans l’espace public, suivie par Utrecht, La Haye et Nijmegen.
À partir du 1er mai, Amsterdam appliquera aussi cette interdiction dans ses espaces municipaux et le métro, visant les énergies fossiles et certains produits très émetteurs de carbone.

L’ambition est d’aligner l’espace public avec les engagements climatiques locaux et de ne plus normaliser certaines pratiques par l’affichage. Des initiatives comme Reclame Fossielvrij ont largement contribué à porter cette réflexion, en soulignant que les messages visibles dans la ville façonnent les normes collectives.
Ces décisions montrent que la régulation publicitaire peut se jouer à l’échelle locale.
Pour une agence française, observer ces évolutions permet d’anticiper comment les attentes sociétales et les cadres de communication peuvent évoluer, parfois plus vite qu’on ne l’imagine.
LA RUBRIQUE CULTURE
Expo : Mickalene Thomas – All About Love
Grand Palais – du 13 février au 9 juin 2026




Le Grand Palais consacre une grande exposition à Mickalene Thomas, figure majeure de l’art contemporain afro-américain. Connue pour ses portraits vibrants, ses collages et ses installations mêlant peinture, photographie et textile, l’artiste interroge les représentations du corps, du désir, de la féminité et des identités noires.
À travers cette rétrospective, le Grand Palais met en lumière une œuvre profondément ancrée dans l’histoire culturelle américaine, tout en résonnant fortement avec les débats contemporains européens sur la visibilité, la mémoire et la construction des imaginaires. Une exposition qui illustre parfaitement la circulation internationale des récits artistiques et leur impact sur les scènes culturelles françaises.
Film : Le gâteau du Président
Sortie en France : 4 février 2026
Réalisé par Hasan Hadi, Le Gâteau du Président (The President’s Cake) a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2025, où il a reçu le Prix du public et la Caméra d’or.
Le film raconte l’histoire d’une fillette dans l’Irak des années 1990, confrontée aux sanctions internationales et à un quotidien marqué par la contrainte politique. À hauteur d’enfant, le récit donne à voir une société rarement représentée sur les écrans français.
Sa sortie en février en France rappelle combien les récits cinématographiques circulent aujourd’hui à l’échelle mondiale, permettant à des histoires locales d’atteindre un public international et de nourrir notre compréhension collective d’autres contextes culturels.
CONCLUSION
À l’heure où certains discours tendent à refermer les frontières symboliques, il est utile de rappeler que nos références sont déjà plurielles.
La culture circule, se transforme et façonne nos imaginaires collectifs.
Pour les acteurs de la communication, comprendre cette dynamique, c’est mieux raconter le monde tel qu’il est : multiple, connecté et en mouvement.
